Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D)
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  • Date submitted: 1 Nov 2011
  • Stakeholder type: Major Group
  • Name: Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D)
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Les territoires urbains durables : De l?expérimentation au déploiement de l?économie verte par les entreprises françaises.

Les territoires urbains, qui abritent désormais la majorité de la population mondiale, concentrent également les enjeux du développement durable, aussi bien environnementaux que sociétaux. Ils constituent également l?échelon territorial où les actions des différents acteurs publics et privés peuvent le plus efficacement s?articuler pour développer une économie plus verte tout en contribuant à réduire la pauvreté.

Les Directeurs du Développement Durable des entreprises françaises rassemblés au sein du Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D) engagent ainsi leurs entreprises dans des démarches innovantes, le plus souvent en partenariat avec des collectivités locales ou d?autres acteurs de la société civile, pour réduire l?impact environnemental de la construction des territoires urbains et des activités de l?ensemble des acteurs qui y vivent, y passent, y travaillent, s?y divertissent?.

Ces approches, plus respectueuses de l?environnement, s?appuient le plus souvent sur des économies de ressources ou de nouveaux modèles économiques qui, en retour, peuvent dégager des réserves de pouvoir d?achat pour les populations les plus démunies et ainsi participer à la réduction de la pauvreté.

Les territoires urbains : enjeu majeur du développement durable, de l?éradication de la pauvreté et de l?économie verte à l?horizon 2032

Notre planète devient urbaine. Depuis peu, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des villes. Le taux d?urbanisation devrait atteindre 65% en 2050. Si l?urbanisation était déjà très forte en Europe et en Amérique du Nord, avec des taux d?urbanisation de 75 à 80%, le phénomène s?est étendu aux pays émergents et aux pays en développement.

La quasi-totalité des 2 milliard d?habitants supplémentaire que la terre accueillera d?ici 2050 se trouveront dans des villes et dès 2020, 25 métropoles hébergeront plus de 10 millions d?habitants.

Cette urbanisation, parfois très rapide et chaotique, ne va pas sans difficultés, dans les pays en développement mais aussi dans les économies les plus avancées et les villes deviennent le lieu de cristallisation des problèmes de développement durable.

L?impact environnemental est le plus immédiatement perceptible : Pollution atmosphérique et piètre qualité de l?air caractérisent de nombreuses grandes métropoles. Selon la Clinton Climate Initiative, 80% des émissions de gaz à effet de serre proviendraient des villes, les principales sources étant les transports, notamment les véhicules à énergie fossile et les bâtiments. Approvisionnement en énergie ou en eau, gestion des déchets et des eaux usées, transports publics : autant de défi pour les grandes métropoles qui doivent faire face à des besoins très fluctuants au fil du temps, à l?échelle de la journée, de la semaine ou de l?année Eviter les pénuries impose alors de dimensionner les infrastructures pour faire face aux pointes de la demande et requiert un « surdimensionnement » par rapport à ce nécessiterait la satisfaction de la demande « moyenne », ce qui ne manque pas d?avoir un surcoût économique et environnemental.

La concentration urbaine exacerbe également les enjeux économiques et sociétaux du développement durable : pénurie de logements, exode rural et accumulation de poches de pauvreté à la périphérie ou , comme au Etats-Unis, au centre de certaines villes ; fractures sociales, « ghettoïsation » et isolement ; difficultés d?accès à la ville et à ses services pour les plus âgés ou les handicapés et concentration du dynamisme, de l?activité économique ou culturelle , qui accroissent le déséquilibre entre le c?ur de l?agglomération et sa périphérie ou le territoire rural de sa zone d?influence?

La liste des défis auxquels sont confrontés les édiles est longue. Les dimensions de la ville, horizontale ou verticale, la dynamique de population, la concurrence entre les agglomérations en termes d?attractivité économique pour les entreprises et les citoyens sont des facteurs de complexité accrue qui font des métropoles et de leur développement économique et social, respectueux de l?environnement, un enjeu majeur du développement durable de notre planète.

Les territoires urbains sont également le lieu privilégié d?action pour traiter ces questions essentielles du développement durable. Ils concentrent non seulement les populations, mais également les moyens d?action, techniques, humains et financiers. Ils sont également un échelon politique combinant une puissance capacité d?action, une proximité forte et une étendue territoriale appréhendable relativement aisément par l?ensemble des parties prenantes qui peuvent ainsi plus facilement coopérer.

Les grands axes de l?économie verte urbaine

Chacun des grands usages de la ville offre des pistes de développement de l?économie verte.

Se loger

78 % des français considèrent qu?il est aujourd?hui difficile de trouver un logement en France, et 76% anticipent une situation dégradée en matière de logement pour les générations à venir.

En effet, le prix et le pouvoir d?achat sont des questions absolument centrales dans l?accès et le maintien au logement. Or, la raréfaction des ressources et l?augmentation du coût de l?énergie sont des facteurs économiques aggravants, voire des accélérateurs de précarité, qui impacteront non seulement les coûts de construction, et donc les prix de vente des logements, mais aussi les charges d?exploitation.

Le logement de demain doit donc s?envisager de façon tout à fait différente. L?innovation technique et financière est probablement l?une des clés de ce changement de paradigme. La modification des comportements dans les usages du quotidien constitue également un enjeu de premier plan.

D?ores et déjà, les pratiques de la filière sont revisitées, qu?il s?agisse des procédés constructifs ou de l?intégration de la densité dans la ville.

Concernant la construction, le Plan Grenelle Bâtiment impose de concevoir dorénavant les bâtiments basse consommation. Afin que ces nouvelles exigences techniques ne viennent pas pénaliser économiquement les acquéreurs, de nouvelles façons de construire émergent. La filière sèche industrialisée se développe. Les premières opérations pilotes permettent de livrer des bâtiments basse consommation avec des prix inférieurs de 15% dans des délais de réalisations inférieurs à un an.

Concernant, la densité, de nouvelles conceptions de bâtiments favorisant la bonne adéquation entre le bien vivre chez soi et le mieux vivre ensemble voient le jour. A titre d?exemple, le projet « Habiter le Ciel », pensé par l?Atelier Castro Denissof Casi et Nexity, dans le cadre des travaux du Grand Paris, propose des tours jardins dans lesquelles se marient qualité des logements et qualité des espaces communs partagés. L?idée est celle d?un village vertical avec des maisons superposées dans un ensemble collectif autour de cours résidentielles.

Mieux vivre son logement, et notamment mieux optimiser ses consommations, passe par davantage de services associés. Les bâtiments sont techniquement de plus en plus intelligents. Les systèmes de mesure, de pilotage, voire de délestage des fluides se développent. Dans le cadre de projets de rénovation, apparaissent également de nouveaux types d?engagements, comme les Contrats de performance énergétique qui assurent aux usagers des niveaux de consommations énergétiques maximales.

Les technologies de l?information et de la communication (TIC) apportent des solutions, déployables à grande échelle, pour assurer la maîtrise des consommations énergétiques, voire assurer la gestion des pointes de demandes et contribuer à l?effacement diffus.

Des capteurs et des actuateurs placés sur les principaux équipements consommateurs d?énergie et reliés à une centrale par des réseaux sans fil, à bas débit et à basse consommation (à la norme Zigbee par exemple) permettent de connaitre en temps réel la consommation de chaque équipement et de piloter ces mêmes équipements pour ajuster, là encore en temps réel, la puissance appelée au niveau du foyer. Orange et ses partenaires du domaine de l?énergie électrique ont lancé une expérimentation d?un tel dispositif, qui connecté à Internet via la Livebox (box internet) permet le suivi et le pilotage à distance, l?analyse statistique. La connaissance fine et instantanée de la consommation permet non seulement d?optimiser celle-ci, générant des économies et une réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais également de maitriser les pics de consommation, évitant black-out ou recours à des énergies très carbonées.

Se déplacer

La mobilité est un élément essentiel pour développer et faire fonctionner les villes durables. Les interactions entre planification, gestion des déplacements et aménagement des espaces publics et privés sont nombreuses et interrogent les acteurs de la ville :

o Quelles incidences des solutions de mobilité sur le mitage des territoires, ou au contraire sur la densité des pôles d?intérêt ?

o Comment la forme urbaine, y compris dans sa dimension la plus locale (le bâtiment et la parcelle) influe-t-elle sur les comportements de mobilité ?

L?interface entre urbanisme et transports est un enjeu majeur. De nombreuses solutions d?optimisation sont déjà opérationnelles :

o la gestion dynamique des voiries et des espaces publics grâce aux outils de simulation, aux systèmes d?information et de pilotage des équipements

o le développement de l?intermodalité et de l?interopérabilité des systèmes et des services d?aide à la mobilité o le traitement de la continuité des cheminements avec une attention particulière pour les usagers les plus vulnérables et pour les modes actifs ? marche à pied et vélo,

o l?accompagnement des mutations foncières dans les zones à enjeux.

Ces solutions offrent de nombreux bénéfices :

i. L?amélioration de la disponibilité et de l?utilisation des infrastructures existantes :

o Pour les routes : en faisant varier la configuration des voies aux heures de pointe grâce à un package d?équipements et de services on limite la congestion, on améliore le fonctionnement de l?économie locale, tout en économisant les ressources qui auraient été nécessaire pour un élargissement ou un nouvel ouvrage (cas du pont de Saint-Nazaire ou du RER routier de Grenoble, France).

o Pour les réseaux ferroviaires : des études d?optimisation des réseaux existants ont été conduites dans de nombreuses agglomérations françaises. Elles permettent aux populations de pôles urbains secondaires de profiter d?une offre de transport à prix réduit et d?accéder plus facilement à l?emploi et aux équipements publics.

ii. La réduction de la place de la voiture en ville en développant de nouveaux services aux usagers : réalité augmentée, véhicules en libre service, covoiturage dynamique, ?

o La révolution urbaine AUTOLIB (Paris et environs, France) : avec 3000 véhicules, le premier service public d?automobiles électriques en libre service développé à l?échelle d?une grande métropole européenne.

iii. L?aide à la reconversion du patrimoine foncier mutable pour redynamiser la ville, reconquérir des quartiers ou renforcer la cohérence des dessertes et des cheminements.

o C?est ce que permettent les démarches prospectives sur les fonctionnalités du patrimoine ferroviaire urbain, ou encore la déPollution des friches industrielles.

Pour aller plus loin, il est indispensable de continuer à développer des actions de R&D partenariales

Parce qu?il faut sortir des approches purement fonctionnalistes et technicistes qui depuis plus de 50 ans ont façonné nos systèmes de transport urbains, il est nécessaire de construire de nouveaux outils et méthodes capables d?appréhender les déplacements au travers de la complexité urbaine, de la multiplicité des attentes des utilisateurs et de la diversité des échelles à prendre en compte.

Plusieurs programmes de recherche partenariale nationaux ou européens associant des ingénieristes, des grands maîtres d?ouvrage, des constructeurs et des laboratoires de recherche viennent nourrir l?offre de service aux acteurs des territoires.

« Aspects 2050 », projet soutenu par l?Agence Nationale pour la Recherche (France) en est un exemple : ce projet doit aider les collectivités territoriales à articuler leurs actions sur le système « transport/bâtiment/occupation des sols » qui représente près de 60% des émissions de GES. La cohérence est recherchée avec des objectifs de long terme, du type « facteur 4 ».

Travailler

Lieu de concentration de l?habitat et l?activité économique, le territoire urbain concentre également les déplacements entre lieu d?habitat et lieu de travail avec tous les problèmes associés, exacerbés aux heures de pointe : temps perdu et gaspillage énergétique dans les embouteillages, saturation et dégradation de la qualité de service dans les transports en commun, fatigue, avec son impact sur la santé et la productivité?

Les technologies de l?information offrent de nouvelles possibilités d?organisation du travail dans l?espace et le temps. Il s?agit pas tant de développer le télétravail à domicile, qui prive de lien social et que la configuration de nombreux logements ne permet pas, mais de créer de nouveaux espaces, en zones péri-rurbaines, créant un lieu de travail, à proximité des lieux d?habitation. Ces éco-centres, espaces hautement numérisés, permettent aux grandes entreprises, de créer, de façon totalement flexible, des bureaux déportés, garantissant confidentialité et sécurité de l?information, tout en créant une convivialité intra et inter-entreprises, et en économisant énergie, temps et argent gaspillés dans des transports individuels ou collectifs saturés.

En plus d?accueillir des salariés de grandes entreprises, ces éco-centres peuvent également héberger de jeunes entreprises ou servir d?espace numérique pour des activités sociales ou pédagogiques.

Des grandes entreprises comme Orange, Nexity, Bouygues, La Poste travaillent avec des collectivités locales à la définition et au prototypage de tels lieux dont le succès passera par un déploiement en réseau nécessitant d?entrée de jeu un nombre critique de lieux et d?utilisateurs. Pour une parvenir, des incitations et impulsions publiques seront nécessaires : mise disposition d?immobilier par les collectivités locales ou soutien à la phase d?investissements des projets comme cela est d?ores et déjà possible dans le cadre du programme des Investissements d?avenir.

Se déplacer pour travailler, ou plus précisément se déplacer moins pour travailler, est un autre champ de développement d?une économie verte qui peut s?appuyer sur des technologies et des services déployés par des entreprises françaises à l?échelle mondiale.

Les progrès dans la qualité d?image et de son, dans la facilité de mise en ?uvre et le confort d?utilisation des solutions de vidéoconférence à très haute définition que déploient des opérateurs comme Orange Business Services sont en train de modifier en profondeur les habitudes de déplacement professionnel et de travail collaboratif, apportant qualité, gain de temps, amélioration de la qualité de vie des salariés qui n?ont plus à effectuer de longs voyages et réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Dans une prochaine étape, grâce à la mise à disposition de ces dispositifs dans des lieux comme les éco-centres, ouverts à des acteurs économiques de tous types et de toutes tailles, les petites entreprises et les travailleurs indépendants pourront également bénéficier de ses solutions dans une logique de service et non plus de propriété des équipements (économie de la fonctionnalité)

Piloter la ville

Les enjeux du développement durable créent de nouveaux challenges urbains d?ordre environnemental, sociétal et économique. Ils renforcent la pluralité des approches à mettre en ?uvre dans la conception et la réalisation des projets urbains. De nouvelles approches se mettent en place progressivement. Capables d?appréhender la complexité urbaine, elles permettent :

o de raisonner sur plusieurs échelles, du bâtiment ou de l?infrastructure à la grande agglomération, de la parcelle au bassin de vie.

o de mobiliser davantage de compétences pour aboutir à des projets urbains partagés et porteurs de sens : association de compétences très diversifiées ? pluridisciplinaires ? et des acteurs et usagers, pour des projets ouverts, co-construits.

Pragmatique et participative, la démarche de pilotage développement durable des projets « Tendem Empreinte ® », développée par Egis en 2010 illustre cette nouvelle approche.

Elle permet de définir collectivement les objectifs, les indicateurs et surtout les actions qui renforcent le caractère durable d?un projet, selon des critères locaux, en cohérence avec les référentiels des échelles supérieures. A chaque grande étape, il est possible de visualiser les bénéfices et les impacts pluridisciplinaires des choix de programmation, de conception, de mise en ?uvre et d?exploitation. C?est un outil d?évaluation continue pour mesurer en continu l?écart entre l?intention et la réalisation.

Deux projets de recherche partenariale cofinancés par l?Agence Nationale de la Recherche (française)

o le projet IMPETUS dont l?ambition est d?apporter aux collectivités des outils d?aide à la décision pour développer des projets d?aménagements urbains. Ce projet associe: Egis (leader du groupement), ICADE, la Ville de Paris, la Communauté d?Agglomération de Lille, des équipes de recherche du CSTB, du Laboratoire Ville Mobilité Transport (IFSTTAR ? ex INRETS) et de l?Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris.

o Le projet RESILIS propose des méthodes et des outils améliorant la résilience des villes. C'est-à-dire qu?ayant développé une politique efficace de réduction des vulnérabilités, elles soient en capacité de recouvrer plus rapidement leurs capacités économiques et de vie après un accident majeur, qu?il soit naturel, industriel ou provoqué. Le consortium Resilis regroupe des ingénieristes du secteur privé (Egis, Sogreah) impliqués dans l'aménagement urbain ou la prévention des risques, des laboratoires de recherche (EIVP - Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris, LEESU - département de recherche en génie urbain de l'Université de Paris-Est, REEDS - département de recherche en économie, écologie, et développement soutenable de l'Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines) et des organismes de recherche (CEMAGREF - analyse des risques, Fondaterra, Fondation européenne pour des territoires durables).

Les entreprises françaises de Bâtiments et Travaux Publics (BTP) et les fournisseurs de matériaux excellent dans les technologies émergentes de réduction des gaspillages énergétiques dans le secteur du bâtiment. Ces technologies qui permettront progressivement de rendre passif et même positif en énergie renouvelable le parc installé seront renforcées par le développement de smart grid qui désigne les réseaux de distribution d'électricité « intelligent ».

Ces réseaux utilisent des systèmes informatiques de manière à optimiser la production et la distribution et mieux mettre en relation l'offre et la demande entre les producteurs et les consommateurs d'électricité. Ainsi, l'apport de ces systèmes informatiques concourront à économiser l'énergie, sécuriser le réseau et en réduire les coûts, tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre. Une expérimentation en grandeur réelle du premier smart grid sous technologies françaises est actuellement en cours de déploiement à Issy les Moulineaux dans le cadre du projet IssyGrid piloté par Bouygues et Alstom.

Plus globalement, les technologies de l?information et de la communication (TIC) ont un rôle majeur à jouer dans le pilotage de la ville et de ses services, au bénéfice du développement durable. Des réseaux maillés, à faible débit numérique et à très faible consommation peuvent être déployés pour connecter des ensembles de capteurs à des plateformes de services et ainsi superviser différents paramètres liés à l?environnement, à la gestion des flux ou des activités essentielles dans la ville.

L?expérimentation déployée par Orange à Cagnes sur Mer et maintenant généralisée à la Communauté urbaine de Nice permet ainsi de suivre en temps réel différents paramètres liées à la qualité de vie (données météorologiques ; Pollution ; niveau sonore).

Une approche globale des territoires et de leurs usages

Des interactions entre projets et territoires nombreuses et souvent stratégiques

Un aménagement bénéfique au fonctionnement d?un quartier peut déplacer des nuisances. La non réalisation d?un équipement peut détériorer l?attractivité d?un territoire à 10 ans. La ville se conçoit dans un ensemble d?interactions avec de multiples territoires, et notamment les territoires ruraux. Des équilibres doivent être trouvés, et régulièrement renouvelés entre l?urbain et le rural : démographie, accès aux services - pourquoi pas à distance - limitation des déplacements subis, partage des ressources, ? Autant d?enjeux qui demandent une planification concertée et des évaluations partagées des politiques mises en ?uvre.

Des outils d?aide à la décision pour bien définir et concerter les projets

Il faut savoir investir dans l?amont du projet, dans sa préparation. L?analyse de la valeur, les études de faisabilité, les études socio-économico-prospectives, la planification et la réalisation de schémas directeurs ou scenarios de développement sont autant d?opportunités pour intégrer les préoccupations territoriales et les usages locaux, pour sécuriser la gouvernance et le financement des projets, leur donner un cadre de cohérence

Des exemples positifs existent à toutes les échelles

o La rénovation d?un quartier d?habitation dans une ville de périphérie. Un exemple à Colomiers (France), montre comment une commune peut faire évoluer un programme :  avec une réflexion sur la densité et les rapports avec les quartiers voisins,  en transformant des logiques actuelles de déplacements et de stationnement : partage de l'espace public plus favorable aux modes actifs, prolongement d?un chemin de grande randonnée jusqu?au centre ville, diminution des voiries,  en redéployant un paysage végétal : lieux de pédagogie en faveur de la biodiversité.

Le projet de rénovation est conduit en partenariat avec les bailleurs sociaux, en concertation avec les habitants du quartier, et en cohérence avec le projet territorial de développement durable. Sa « performance DD » est suivie par la démarche Tendem Empreinte ® développée par Egis,

o la R&D pour progresser dans l?approche systémique : exemple de l?appel à projet sur des IEED (Instituts d?excellence dans le domaine des énergies décarbonées)

Un consortium qui rassemble 6 leaders mondiaux et l?Institut de l?Ingénierie s?est organisé pour présenter un projet dont l?objectif stratégique est de pouvoir diminuer de 10% la consommation énergétique des villes par une analyse systémique et pluridisciplinaire au niveau de l?ilot, des « germes de ville » (gare multimodales, grands centre commerciaux?) ainsi qu?au niveau global d?une agglomération. Ce projet est en cours de labellisation par le pôle de compétitivité Advancity (ville durable et éco-technologies urbaines).

L?économie verte pour lutter contre la pauvreté

Emploi et économie verte

L?essor de l?économie verte s?accompagne d?une évolution des métiers et emplois existants, de destruction de certains - associés à un modèle économique fondamentalement non durable ? et de création de nouveaux emplois qualifiés, décents et localisés.

Qu?il s?agisse d?énergie, de bâtiment, de transports collectifs, d?agriculture durable, d?accès aux services essentiels, la recherche de produits et services à moindre impact environnemental conduit à imaginer des solutions de production, transport et distribution localisées. La mise en ?uvre de cet objectif de relocalisation et de proximité est conduite à la fois par des acteurs économiques (tissu entrepreneurial au sens large) et des acteurs publics (collectivités générant normes, incitations et emplois publics).

Un facteur de succès de la déclinaison localisée d?une politique de soutien à la croissance verte consiste en la capacité de chaque territoire à identifier ses enjeux, promouvoir des activités « vertes » pérennes et assurer la mise à disposition de compétences locales adaptées aux besoins. C?est donc par une politique de formation, d?acquisition des compétences, voire de constitution de champs d?expertises thématiques ? calquées par exemple sur la cartographie des pôles de compétitivité - qu?un territoire peut au mieux accompagner l?essor de la nouvelle économie verte tout en garantissant que ses habitants en soient à la fois les acteurs et les bénéficiaires.

Création d?emplois verts durables et décents, filières de formation et de qualification, accompagnement public des initiatives vertueuses.. : Pour que le dispositif soit pleinement équitable et soutenable, il convient de le mettre à contribution dans une perspective de réduction de la pauvreté et, spécifiquement, de réduction du taux de chômage. A cet effet, un effort particulier pourra être déployé afin de garantir qu?au sein d?un territoire les citoyens en situation de non emploi soient les cibles prioritaires d?une politique de formation, qualification et retour à l?emploi. La dynamique économique générée par la croissance verte pourra ensuite, en mode croisière, garantir un taux de chômage acceptable dans territoires engagés.

L?accès aux services essentiels

L?essor de l?économie verte dépend notamment de deux éléments prépondérants : l?accessibilité des produits et services « verts » pour le plus nombre, et son application aux secteurs les plus critiques en matière d?impacts environnementaux. Parmi ces secteurs figurent notamment l?énergie, le bâtiment, le transport, l?eau et l?agriculture, les télécommunications.

Il est notable qu?à ces secteurs sont associés des besoins fondamentaux : se loger, se nourrir, se déplacer, auxquels sont associés des enjeux particuliers : conserver un lien social, être en capacité de financer un projet d?amélioration de son quotidien, se prémunir contre certains risques, disposer de mécanismes de couverture sociale adaptés aux enjeux sanitaires, de vieillissement et de dépendance.

Le développement de la technicité, de l?efficacité et des modèles économiques spécifiques des secteurs d?activité de la croissance verte peuvent amener à l?acceptabilité financière de ses produits, à l?opposé de la croyance trop répandue que « le vert est cher ».

En particulier, des modes de production locaux, mutualisés et adaptés aux besoins d?un territoire peuvent permettre de réduire les coûts de production, d?acheminement des matières premières, de transformation et de distribution et donc le prix final des produits et services. C?est particulièrement vrai dans le domaine de l?agriculture, de l?eau et de l?énergie.

Une réorganisation des circuits de production et de distribution s?accompagne d?une refonte de la gouvernance de certains secteurs d?activités qui, de centralisés deviennent localisés

De nouveaux modèles économiques et de nouveaux modes de gestion du cycle de vie des produits peuvent permettre de combiner réduction de l?impact environnemental et accessibilité accrue aux services essentiels. Ainsi, à coté de la mise en place par les 3 opérateurs français (Orange, Bouygues Telecom et SFR) d?offres de téléphonie mobile sans terminal à prix réduits, (car sans prise en compte de la subvention du terminal dans le prix de l?abonnement), Orange a également développé la vente de terminaux d?occasion, totalement reconditionné et garantis, dans ses propres canaux de distribution.

L?implication de la force publique et des collectivités, sous la forme par exemple de partenariats public ? privé au niveau des territoires, peuvent permettre l?accessibilité financière au plus grand nombre. Une ingénierie financière adaptée à la croissance verte doit également être développée, mettant en avant des mécanismes d?incitation à l?investissement via des fonds de garantie, d?évaluation du RSI liée aux usages (exemple du coût de rénovation d?un logement compensé par les économies d?énergie réalisées).

Enfin, l?accessibilité financière des produits de la croissance verte est basée sur la capacité des particuliers à investir, emprunter, et se prémunir contre certains risques. Le développement de produits du type micro crédit et micro assurance, adaptés à des besoins précis et contribuant à la réduction des impacts environnementaux est souhaitable en parallèle du développement des processus et de la gouvernance de la croissance verte.

Facteurs clés de succès et freins à lever

La transition vers une économie verte se fera d?autant plus aisément et rapidement que certains freins seront lever et que l?ensemble des acteurs sauront mobilier les leviers clés du succès.

Il convient en premier lieu de pouvoir mesurer les progrès globaux vers une économie plus verte et vers un recul de la pauvreté, tout en évaluant l?impact des projets individuels. Au-delà d?un retour sur investissement classique, il importe de pouvoir valoriser les réalisations dans leurs dimensions environnementales et sociétales. Ces indicateurs sont également indispensables pour faciliter les décisions d?investissement dans de nouveaux projets.

Il est également indispensable de disposer d?un cadre législatif, réglementaire ou normatif propice à l?innovation et au développement de l?économie verte : simplification, cohérence, prévisibilité en sont les principales caractéristiques, sans oublier l?indispensable équité internationale, évitant dumping environnemental ou social.

Le troisième levier est d?ordre financier et économique et peut prendre la forme de financement de projets, notamment pour lever des barrières à l?entrée dues au niveau d?investissement requis, ou d?une fiscalité verte.

Enfin, comme un enjeu majeur du développement durable est le changement des comportements et des modes de consommation, un important travail de pédagogie est nécessaire pour vaincre certains préjugés et montrer que l?économie verte ne rime pas nécessairement avec prix plus élevés ou austérité.

Ce que RIO+20 pourra apporter

Les territoires urbains sont déjà le théâtre de nombreuses expérimentations d?innovations technologiques, de nouveaux usages ou de modèles économiques originaux. L?enjeu est désormais de déployer des pilotes à grande échelle et de généraliser les solutions expérimentées. Rio+20 devrait mettre en place, dans une dimension internationale, des dispositifs facilitant ses passages à l?échelle.

Ces actions peuvent prendre plusieurs formes :

? Soutien financier, par des dispositifs similaires à ceux mis en place par le gouvernement français dans le cadre des « investissements d?avenir » :
? Fiscalité verte, dans un cadre internationalement coordonné et équitable
? Simplification, cohérence et stabilité du cadre législatif, réglementaire et normatif, à l?échelle mondiale de sorte à éviter le dumping social ou environnemental
? Mise en place d?outils de partage et de valorisation des bonnes pratiques et de mise en relation des acteurs (réseaux sociaux)
? Valorisation, au travers de différents outils de communication, des projets au plus fort impact.
? Indicateurs, partagés par les tous les acteurs, permettant de mesurer l?impact des actions, tant au plan global que local, ainsi qu?au niveau des projets eux-mêmes, sur les dimensions environnementales et sociétales. Outre la valorisation des réalisations, ces indicateurs permettront également de faciliter les décisions d?investissement dans de nouveaux projets

Le succès de ses nouvelles approches de l?économie verte dépend non seulement de la solidité et de la pertinence des solutions technique mais aussi, et surtout, de leur appropriation par les utilisateurs finaux, qui passera le plus souvent des changements, parfois radicaux, dans les pratiques d?usages et de consommation. Cela nécessitera un important travail de sensibilisation, d?information et d?éducation, qui bénéficiera des impulsions, des orientations et des ressources que Rio+20 pourra mobiliser.

Les Agendas 21 fournissent un cadre méthodologique permettant de réunir, autour d?enjeux de développement durable, des acteurs d?un territoire dans une démarche de co-réflexion et co-construction.

Ce cadre est issu du premier sommet de la Terre à Rio qui appelait à ce que « toutes les collectivités locales instaurent un dialogue avec les habitants, les organisations locales et les entreprises privées afin d?adopter un programme Action 21 à l?échelon de la collectivité ».

RIO + 20 pourrait, sur la base d?un bilan des expériences Agendas 21 menées dans le Monde, réaffirmer la pertinence de ce dispositif au regard des enjeux d?économie verte et de gouvernance participative, et définir les leviers de succès de l?essaimage des agendas 21 : accompagnement à la mise en ?uvre, mise à disposition d?outils communs, simplification de certains phases?

L?implication des acteurs économiques dans les agendas 21 pourrait être renforcée, d?une part par une volonté politique d?associer les acteurs créateurs d?emplois et de produits dans le dispositif, d?autre part par la capacité des entreprises à s?adapter à ces contextes multi parties prenantes.

L?implication des entreprises dans des stratégies de développement durable et de RSE est un moyen parmi d?autres de faire évoluer les entreprises vers la prise en compte de leurs parties prenantes, l?intégration à un territoire, l?évolution de la stratégie au regard de besoins et d?attentes nouvelles.

SYNTHESE

Les directeurs du Développement Durable des entreprises françaises représentées au sein du Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D) ont engagé sur les territoires urbains, lieu de cristallisation des défis du Développement Durable et de concentration des moyens d?action pour les relever, un ensemble de projets innovants et d?expérimentations qui démontrent le potentiel d?une économie verte, qui contribue également à réduire la pauvreté.

L?enjeu est maintenant de passer à une généralisation de ses approches. Rio+20, par la dynamique qu?elle a les moyens de créer au sein des états, de la société civile et du grand public, par les orientations qu?elle définira et par les feuilles de route qu?elle devra tracer, constitue une formidable opportunité de consolidation et d?amplification de ses démarches innovantes. Les entreprises qui les portent sont prêtes à s?engager, en partenariat avec les instances publiques et les autres acteurs de la société civile afin d?en assurer le succès et d?entrer dans une nouvelle phase de développement, centrée sur l?économie verte.

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